Une leçon d’humilité, un apprentissage culturel

Rédigé par Valérie Bertrand

Il y a maintenant plus de dix ans que j’ai quitté mon cher Québec pour un viking. Après mures réflexions – … attend, c’est où ça la Norvège? – je me suis lancée dans les valises, ne pensant qu’à apporter l’essentiel à ma survie à l’étranger c’est-à-dire quatre kayaks, un vélo, un gros sac de pagaies et skis, et un gros duffle bag plein à craquer. Je n’avais pas franchit la porte de l’aéroport que mes compatriotes me lançaient des regards hautins; moi, j’osais plaisanter qu’ils enviaient mes aventures à venir, bande de peureux! Patriote et têtue, je partais avec mes convictions propres et l’absolue volonté de préserver mes origines, peu importe ce qui allait m’attendre de l’autre côté de l’océan.

De l’autre côté je découvris un peuple sobre et discret en général (sauf lorsqu’ils sont sous l’effet de l’alcool ou qu’ils écoutent du métal, mais bon ça on passe…), ce qui m’a fait paraitre comme un lion enfin sortit de cage. Pourtant, aucune proie à attaquer. Il n’y a malheureusement rien qui peut faire lever les poils de ces vikings; ça gâche l’effet d’entrée. D’un œil accusateur, j’observe à mon tour ces guerriers tranquilles. Je trouverai certainement un moyen de les ennuyer avec mes histoires de camping et de vie nomade, mais en peu de temps, j’ai apprit à écouter plutôt qu’à parler. Je dois admettre que les vikings s’y connaissent en matière de plein-air et survie. Finalement les leçons m’étaient plutôt destinées.

Les Norvégiens forment un peuple qui vit dehors, peu importe le temps. Chez nous quand la tempête arrive, on se plante devant la radio le matin pour savoir quelles écoles allaient fermer pour la journée. En Norvège, les gens s’habillent même lorsque le thermomètre gèle et personne ne passe la remarque. Lorsque la neige envahie complètement les chemins, ils envoient le plus imposant de la gang devant – le chasse-neige – et les autres suivent à la file indienne derrière. C’est le calme le plus total.

Chasse-neige norvege

Les leçons s’amoncèlent à un tel point où je me sens contrariée; ils ont beau tirer le pétrole des océans ces barbares, mais jamais ils ne vont laisser de traces après une nuitée en camping. Maintenant vous vous demandez et les ti-mousses version vikings eux? Depuis qu’ils sont tout nouveaux, on les fait dormir dehors durant le jour: printemps, été, automne et oui, hiver. Dans les garderies on leur donne des couteaux tranchants pour qu’ils se coupent un bâton eux-mêmes pour faire griller leurs saucisses sur le feu. Feu qu’ils allument en parfaite autonomie. Chez nous quand ti-mousse tombait à vélo ou en ski, maman courait chercher le pauvre petit; ici, maman le regarde patiemment et silencieusement jusqu’à ce qui se relève tout seul. Chez nous, quand il pleuvait, on faisait rentrer les enfants de peur qu’ils prennent un rhume. Ici, on les lance dans les flaques de boues juste en dessous de la gouttière, et quand c’est l’heure de rentrer, on sort le boyau d’arrosage pour dégraisser les délinquants. Et pourtant tout ça, ça fonctionne!

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Je serai toujours perplexe devant la sérénité des Norvégiens face à la nature; vivre dehors, ça transforme un peuple. Quand les enfants apprennent tôt que respirer de l’air frais aide à se sentir mieux, que les écorchures ne tuent personne et qu’il y a moyen de s’habiller quand il fait froid ou il pleut, ils découvrent aussi que la nature est là non seulement pour être admirée mais principalement pour être découverte. Ils apprennent à se servir de leurs sens, à se débrouiller et à se divertir avec peu et avec ce que la nature leur offre. Plus tard, si leur intérêt se poursuit, ils apprendront ainsi à utiliser la nature avec modération et respect.

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Crédit photo: Valérie Bertrand (bébé qui dort dehors),

Google images (vélo, chasse-neige)

Trollklubben Barnehage, Geilo (les enfants en ski alpin et ski de fond avec leur garderie)